L’afflux de migrants : abandonner l’impossible sélection ?

Fuyant la guerre, la persécution ou la misère économique, les migrants affluent vers l’Europe toujours plus nombreux, sans tenir le moindre compte de nos législations en vigueur. Avec derrière eux, des criminels qui se bousculent pour profiter de l’espoir qui leur reste. Car plus nos législations sont restrictives par rapport à la migration, plus élevé le prix du passage.

Les réactions suivantes sont affichées dans l’urgence et avec des arrière-pensées politiques :

  1. Il faut plafonner l’asile.

On voit mal comment des plafonds peuvent être compatibles avec notre obligation d’offrir l’asile aux réfugiés. Et à peine a-t-on parlé de 24000 réfugiés en 2 ans que ce plafond paraît ridicule en regard de ce qui s’imposera. Les règles de l’espace Schengen sont condamnées à court terme : la Grèce et l’Italie nous enverront très prochainement les migrants qu’ils n’arrivent plus à gérer.

  1. Il faut sélectionner les migrants : accueillir les réfugiés au sens de la Convention de Genève et renvoyer chez eux les migrants économiques

Mais nos procédures de demande d’asile actuelles, qui opèrent cette fameuse sélection, ne sont sérieusement applicables qu’à un nombre restreint de dossiers. Et les dossiers montés de toutes pièces ne manquent pas : faute d’un impossible contrôle par l’OFPRA, les plus mythomanes s’en tirent le mieux et c’est une bien mauvaise entrée en matière. Par la suite, pendant l’année que dure la procédure de sélection, on interdit aux demandeurs d’asile de travailler. Surprenant quand on sait qu’ensuite on va faire jouer des critères comme la capacité d’intégration à la société française. Faudrait-il savoir vivre sans travailler pour devenir français ?

Ils reçoivent par contre un hébergement et une allocation de 11€ par jour. Mais une fois l’asile accordé, les droits du réfugié sont ceux de tous les Français : accès au marché du travail mais aussi RSA et allocations familiales. C’est là que l’extrême-droite joue sur du velours. La crainte est en effet que ces prestations sociales ne provoquent un effet d’aubaine susceptible d’attirer chez nous plus de migrants que nous ne pourrons en financer.

Donc on peut schématiser ainsi le problème : les Français sont favorables à l’accueil de « vrais » réfugiés mais opposés à une arrivée en masse d’assistés sociaux. Sauf que la distinction entre les deux est impossible, du moins en cette époque troublée !

Une piste semble se dessiner d’elle-même. Supprimer la sélection pour accueillir tous les candidats à l’immigration pourrait fonctionner si on leur donne un accès immédiat au marché du travail en différant le droit aux prestations sociales de plusieurs années. Evidemment cette mesure ne s’appliquerait pas qu’aux migrants mais à tous les Français.

C’est d’ailleurs aujourd’hui déjà le cas avec le RSA qui n’est accordé aux jeunes de moins de 25 ans que depuis 2010 et encore s’ils ont déjà travaillé 2 ans dans les 3 dernières années. Une telle condition pourrait être étendue au RSA « adultes », par exemple avoir déjà travaillé 5 ans (en France).

Pour les allocations familiales, les mêmes conditions pourraient s’appliquer, mais forcément pour les Français aussi. Evidemment ce serait abandonner, du moins en partie, notre vieille politique nataliste car les Français seraient les premiers à attendre d’avoir travaillé pour faire des enfants. Mais pourquoi nos futurs enfants sont-ils plus importants que le petit Aylan Kurdi ?

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L’échec scolaire se trouve-t-il où l’on croit?

La vision de l’échec scolaire en France fait souvent appel à une statistique : plus de 100.000 jeunes quittent chaque année leur scolarité sans aucun diplôme. L’échec, c’est l’absence de diplôme car elle barre l’accès à l’emploi. A fortiori, ceux qui sortent avec un diplôme ont réussi, et d’autant plus que leur diplôme est prestigieux.

Et dans cette optique, Jean-Pierre Chevènement proclame en 1985 que le but fondamental est d’amener 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat. Aujourd’hui les savoirs fondamentaux s’entendent comme ceux dispensés par le collège, véritable tronc commun de la république.

Le migrant kurde qui a d’abord été scolarisé en turc avant de faire son collège en France – où on l’initie par ailleurs à l’anglais – doit acquérir en 4è le savoir fondamental suivant : « Le produit de facteurs est nul si et seulement si l’un au moins des facteurs est nul ». S’il n’arrive pas à écrire cette phrase à bon escient, il n’aura jamais son brevet. Est- il forcément en échec scolaire ?

Mais une autre question est aussi fondamentale : notre jeune élite qui a su intégrer ce théorème et qui, grâce au zèle isolationniste de ses parents, a dû apprendre aussi à traduire « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? » a-t-elle vraiment réussi parce qu’elle s’est diplômée ? Si l’on en juge par la panne de notre économie et par l’aplomb avec lequel se déploient évasion fiscale et corruption, on peut penser que cette réussite un peu autoproclamée soit un véritable échec pour la France. Rechercher les causes de cet échec final permettrait d’éclairer le débat d’un nouvel angle.

Suivons donc cette élite travailleuse dans les entreprises qui l’embauchent.

Ces entreprises en attendent savoir–faire et savoir-être. Pour le savoir-faire, heureusement, notre élite a vite abandonné le latin et l’allemand pour des compétences plus recherchées, que prodiguent très bien nos écoles supérieures. Pour le savoir-être, les RH veillent avec sagesse sur ces critères :

  • Relationnel
  • Motivation-enthousiasme
  • Curiosité
  • Adaptabilité
  • Capacité à apprendre au sein de l’entreprise
  • Et pour les cadres : prise de responsabilité

Toutes choses qu’ils ont a priori acquises dans leur milieu d’origine : personne n’a encore placé cela parmi les savoirs fondamentaux du collège, quel dommage !

Une double faille se situe pourtant au niveau du relationnel de nos élites et de leur prise de responsabilité.

D’une part notre individualisme latin ancre dans les têtes une croyance séculaire : sur le sujet qu’on vous confie, il faut vous distinguer par votre excellence. On peut dire que quasiment tous les cadres français et toutes leurs directions sont atteints par cette erreur d’appréciation. Car c’en est une. Elle aboutit à la définition scrupuleuse d’un « périmètre » d’action attaché à un poste. Dans ce périmètre, nos cadres vont s’efforcer de faire apparaître d’excellents résultats, sans communiquer sur la façon dont ils les ont obtenus, que cette façon soit légitime ou non d’ailleurs : ils n’ont aucune envie de banaliser leur performance. Ils s’attachent d’autant plus à créer du mystère que les moyens employés ont été basiques ou que les résultats affichés sont discutables. Et ils voient leurs pairs comme des concurrents : la carrière est un concours de plus où la médisance (sur les pairs) remplace l’antisèche. Et pour eux la réussite peut et doit rester individuelle.

D’autre part le cadre ou le directeur, retiré parfois dès l’école du contact avec ses dissemblables, baigne souvent dans un monde à part et son comportement ayant pour but de le « distinguer » ne facilite pas la communication avec l’ensemble de la hiérarchie. Ce cadre « excellent » connaît peu les processus effectivement pratiqués par son entreprise, se raccroche à des informations parfois très anciennes, travaille sans remontée d’alertes efficace, ne sait pas anticiper un malaise ou une grogne sociale, ne se sent pas responsable des erreurs qu’il peut imputer à des membres de son équipe. Pire, il a peur qu’une trop grande proximité avec sa base et avec « le terrain » ne ternisse son image et ne l’empêche de grimper de nouveaux échelons. Et cette peur est hélas justifiée !

Bien sûr les entreprises ont besoin de toute autre chose, voilà déjà plusieurs décennies que les chercheurs le savent et que certaines écoles commencent à l’enseigner. Qu’importe l’excellence d’une fonction si les clients quittent l’entreprise? Ce sont les résultats globaux de l’entreprise qui comptent et les résultats individuels ne s’additionnent pas ! On pourra d’ailleurs réviser l’organisation tant qu’on voudra, on ne pourra jamais découper l’entreprise en un ensemble de périmètres séparés comme autant de boîtes étanches.

L’entreprise a besoin de pérennité dans sa gestion, chaque maillon étant à la fois complexe et critique. Celui qui devient irremplaçable à son poste, de par son excellence, représente un risque d’autant plus fort que son périmètre s’est accru.

L’entreprise a besoin d’optimiser en permanence ses processus pour les adapter aux technologies et à la concurrence. Or non seulement les cadres s’évertuent à cacher leur méconnaissance des processus à l’intérieur de leur « périmètre » mais en outre aucun n’accepte de s’intéresser à la transversalité des processus, alors que c’est là que se situent les principaux leviers de réussite aujourd’hui. A tel point que les grandes entreprises créent des postes dédiés pour la gestion du transversal, générant de belles batailles à la croisée des périmètres ! Pour ces postes-là, on demande évidemment des qualités relationnelles d’exception! Le profil du « responsable coopératif », qui assume la responsabilité totale d’une équipe et qui pour cela justement coopère en permanence avec les autres responsables, reste pratiquement introuvable. Et que de fois l’entreprise découvre-t-elle trop tard que certains domaines ne sont couverts par personne, chacun considérant que son périmètre s’arrête juste avant ? A quel jeu joue-t-on pour laisser ainsi retomber la balle sans se soucier de faire perdre son équipe ?

L’entreprise a besoin de transparence interne, sans laquelle aucune maîtrise n’est possible. Pour nos cadres, la transparence est un « piège à con ». Mieux vaut tricher, tenir les contrôles à distance ou encore garder pour soi ses trouvailles. Exemple : on excelle pour afficher des résultats identiques à ceux prévus au budget, parfois au centime près ! afin d’éviter toute coupe budgétaire – sanction du résultat trop positif – comme toute remontrance – sanction du résultat insuffisant. Comment dans ces conditions l’entreprise peut-elle gérer son amélioration progressive de productivité, seule source d’augmentation ou même de maintien des salaires ? Il faut bien qu’elle mesure les gains apportés par telle ou telle modification de processus ou de technique ; or c’est souvent cela que nos cadres choisissent d’occulter pour s’assurer une continuité de moyens. Comment l’entreprise peut-elle fixer ses prix quand les coûts sont faussés ? Et pourtant, dans beaucoup d’entre elles, ces pratiques restent considérées par la Direction comme de la « bonne gestion » ! N’aurait-on pas oublié de changer de siècle ?

Est-ce si grave que cela ? Oui si l’on pense aux fiascos vécus sur la majorité des grands projets alors que l’organisation était un de nos points forts. Il n’y a pas que l’EPR ! Les grands projets technologiques, menés par nos meilleurs diplômés, semblent maudits : nouvelles rames de la SNCF, logiciel de paye des militaires … Beaucoup d’entreprises s’avouent d’ailleurs faibles en gestion de projet, ignorant que la gestion de projet est simplement une gestion dans laquelle on compte les points : coûts, délais… Les ratés de la gestion quotidienne sont moins visibles mais tout aussi réels !

En conclusion, plutôt que d’échec scolaire, il vaut mieux parler d’échec de l’école. Il concerne tous les publics et provient d’une méconnaissance des besoins, d’un archaïsme des programmes et d’une quasi impasse sur les disciplines de savoir-être où les Anglosaxons continuent de nous tailler des croupières. Il y a urgence, pour notre économie, à traiter ce problème en quittant nos lorgnettes actuelles. Alors, la réforme du collège va-t-elle dans le bon sens? Disons qu’un tout petit pas est fait avec les travaux de groupe… qui restent très minoritaires. Et Catilina continuera d’abuser de notre patience!

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Bonjour tout le monde !

Voici un blog pour inviter à débattre loin des pensées uniques ou partisanes, sur des sujets qui touchent à notre société ou à notre économie. Ce n’est pas parce que nous sommes très pris par le quotidien que nous n’avons pas besoin de réfléchir!

Merci de laisser vos commentaires pour faire avancer le débat. Oui, il y a sans doute de meilleurs outils que le blog pour débattre, mais en attendant de les avoir repérés, c’est une première façon de faire!

Vous pouvez aussi m’envoyer vos suggestions à: aguilvin@dbattre.fr.

A bientôt!

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